Élections de mi-mandat aux États-Unis : ce que signifie la victoire écrasante des démocrates pour les perspectives économiques

Les élections de mi-mandat aux États-Unis ont donné lieu à une victoire écrasante des démocrates, qui ont pris le contrôle tant de la Chambre des représentants que du Sénat. Si cela risque de limiter le programme national du président Trump, cela pourrait également donner plus de flexibilité en matière d’assouplissement budgétaire. Notre équipe macroéconomique analyse les répercussions sur la politique économique américaine, les investissements dans l’intelligence artificielle (IA) et l’économie mondiale dans son ensemble.

Première publication le 4 novembre 2026 par Fidelity International.
Rédigé par Salman Ahmed, chef mondial de la macroéconomie et de la répartition stratégique de l’actif, et Ashray Ohri, stratège en macroéconomie, Fidelity International.

Faits saillants

  • Les prochaines échéances concernant le financement de l’État et le plafond de la dette pourraient donner aux démocrates l’occasion d’obtenir des concessions sur les dépenses, de sorte que les risques budgétaires pourraient rester orientés vers d’autres mesures d’assouplissement.
  • Un durcissement de la réglementation relative au développement des centres de données à l’échelle des États pourrait freiner les investissements dans les infrastructures d’IA, ce qui constituerait un risque important pour les perspectives économiques des États-Unis.
  • Il est peu probable que la politique étrangère américaine change de façon importante, le président Trump conservant un contrôle considérable sur le commerce, l’immigration et les affaires étrangères.

Même si le dépouillement final est toujours en cours dans certains États, les résultats obtenus jusqu’à présent témoignent d’une vague bleue historique. Selon les prévisions du New York Times, les démocrates s’apprêtent à remporter plus de 250 sièges à la Chambre des représentants, ce qui constituerait la plus grande majorité à la Chambre depuis 2008. La victoire au Sénat s’est révélée tout aussi décisive, les démocrates étant en passe de remporter huit sièges, ce qui leur assurerait une majorité de 55 sièges contre 45, la plus forte depuis 2012. Ces majorités écrasantes au sein des deux chambres donneront aux démocrates une bien plus grande marge de manœuvre pour dicter leurs orientations politiques que ne le permettaient les majorités serrées au Congrès ces dernières années.

Cependant, même si les démocrates peuvent définir les priorités et rédiger des projets de loi, il restera difficile de mettre en œuvre des changements politiques majeurs. L’obstruction parlementaire au Sénat et le veto présidentiel continueront de limiter la liberté d’action des démocrates, même s’ils contrôlent les deux chambres. Nous nous attendons plutôt à ce que les démocrates fassent adopter leurs priorités en matière de dépenses, notamment dans les domaines des soins de santé, des autres dépenses sociales et de l’énergie propre, par l’intermédiaire de projets de loi de réconciliation, qui ne nécessitent qu’une majorité simple. Cela revêt une importance particulière à l’approche des échéances budgétaires, les démocrates pouvant tirer parti des négociations avec les républicains pour obtenir des concessions sur leurs priorités.

Les démocrates disposent de deux principaux leviers. Le premier est le plafond de la dette, qui pourrait être atteint vers le deuxième trimestre de 2027 selon les plans de dépenses actuels, bien que des mesures extraordinaires puissent repousser la « date X » vers la fin de l’année. Le deuxième, et le plus urgent, concerne le financement gouvernemental, qui expire le 11 décembre. La date limite tombe pendant la session interrégime, alors que les républicains contrôlent toujours le Congrès, ce qui pourrait donner lieu à une dernière offensive visant à faire avancer leurs priorités en matière de dépenses ou à limiter celles des démocrates. Toutefois, en l’absence d’entente sur les crédits budgétaires pour l’ensemble de l’exercice, une résolution provisoire à court terme semble être l’issue la plus probable, ce qui repousserait la prochaine date limite de financement au début de 2027 et maintiendrait le risque d’une paralysie du gouvernement.

Dans l’ensemble, nous estimons que les risques penchent vers un assouplissement budgétaire accru, les deux partis étant susceptibles de conclure des ententes pour faire avancer leurs priorités en matière de dépenses. Malgré un important coup de pouce budgétaire apporté cette année par la One Big Beautiful Bill, nous constatons que les dirigeants politiques des deux camps ne semblent guère disposés à réduire le déficit budgétaire élevé, malgré une croissance vigoureuse.

Par ailleurs, la prise de contrôle de la Chambre par les démocrates ouvrirait la voie à un examen plus minutieux de l’administration Trump, notamment à des enquêtes sur de potentiels conflits d’intérêts liés à des transactions commerciales, aux marchés prédictifs et à d’éventuelles procédures de destitution. Même si la destitution nécessiterait une majorité des deux tiers au Sénat, une telle procédure pourrait mobiliser des ressources politiques et entraîner des risques liés à la couverture médiatique. Un Sénat à majorité démocrate pourrait également bloquer des nominations clés, notamment à la Réserve fédérale américaine (Fed), ce qui limiterait encore davantage le programme national du président.

Les élections des gouverneurs auront des répercussions importantes sur l’évolution des dépenses d’immobilisations dans le secteur de l’IA

Au-delà de Washington, les élections des gouverneurs ont également d’importantes répercussions à l’échelle macroéconomique. Les démocrates ont remporté quatre postes de gouverneur, dont trois États (le Texas, l’Ohio et la Géorgie) se trouvent au cœur du développement des centres de données, représentant près d’un tiers de la capacité prévue des centres de données aux États-Unis. Les gouverneurs démocrates qui ont fait campagne en faveur d’une limitation de la construction de centres de données devraient imposer de nouveaux moratoires et de nouvelles restrictions sur l’octroi de permis, tout en mettant en place des mesures de protection concernant l’approvisionnement en eau, les coûts énergétiques et les incitatifs à l’investissement. Cela pourrait avoir des répercussions importantes sur les investissements dans les infrastructures liées à l’IA. Pour l’instant, nous estimons que ces risques se concentrent principalement au niveau des États plutôt qu’au niveau fédéral. Toutefois, compte tenu de la sensibilité de cette question auprès des électeurs américains, elle pourrait prendre de l’ampleur à l’échelle fédérale, notamment à l’approche des élections de 2028. Nous considérons cela comme un risque majeur pour nos perspectives macroéconomiques.

Les pouvoirs exécutifs demeurent largement intacts

Au-delà du changement de majorité au Congrès, le président Trump conserverait une marge de manœuvre considérable en matière de tarifs douaniers, d’application des lois sur l’immigration et de politique étrangère. Face à une opposition accrue à son programme national, le gouvernement pourrait recourir davantage à ses pouvoirs exécutifs et recentrer son attention sur la politique étrangère. Par conséquent, nous continuons d’entrevoir des risques de hausse des prix du pétrole en raison de la guerre en Iran, tandis que la politique commerciale américaine ne devrait probablement pas prendre de virage important. Le gouvernement prépare actuellement des enquêtes sur la surcapacité industrielle au titre de l’article 301 afin de remplacer les droits de douane annulés en vertu de l’IEEPA, ce qui laisse entendre que les restrictions commerciales resteront un outil politique central, même sous un Congrès démocrate.

Conséquences pour le reste du monde

Les pouvoirs exécutifs du président Trump demeurant pratiquement inchangés, nous ne prévoyons guère de changement dans les relations actuelles des États-Unis avec le reste du monde en matière de politique étrangère.

Les principales répercussions continueront de se manifester par trois volets principaux. Le premier est le secteur de l’énergie, au sein duquel nous continuons d’entrevoir des risques de hausse des prix du pétrole, les tensions liées au conflit en Iran restant vives. Cela devrait continuer de constituer une source potentielle de choc du côté de l’offre pour l’économie mondiale, pesant sur les pressions inflationnistes, en particulier en Europe et en Asie, qui sont de grands importateurs d’énergie et qui maintiennent également une orientation en faveur du resserrement monétaire.

Le deuxième est le secteur des technologies. Les perspectives d’investissement et de réglementation dans le domaine de l’IA aux États-Unis revêtiront une importance particulière pour Taïwan et la Corée du Sud, compte tenu de leur rôle central dans la chaîne d’approvisionnement mondiale de l’IA, tandis que les contrôles à l’exportation des semi-conducteurs auront des répercussions plus directes sur la Chine. Ces politiques relèvent encore en grande partie des compétences du pouvoir exécutif, ce qui limite l’incidence directe du changement de composition du Congrès.

Le troisième se rapporte aux tensions commerciales, qui devraient perdurer. En ce qui concerne les relations commerciales entre les États-Unis et la Chine, nous estimons qu’il y a peu de chances que les tensions s’apaisent de manière significative. Les tarifs douaniers, les restrictions technologiques et la diversification de la chaîne d’approvisionnement continuent de bénéficier d’un large appui bipartisan, ce qui laisse entendre que la prise de contrôle du Congrès par les démocrates ne devrait pas modifier de manière significative l’orientation de la politique américaine à l’égard de la Chine. Le prochain sommet de l’APEC pourrait clarifier les négociations commerciales à court terme, mais la tendance générale des relations entre les États-Unis et la Chine ne devrait pas changer. L’Europe continue également d’être influencée par les priorités des États-Unis et l’évolution de la situation en Ukraine, même si l’année 2028 pourrait marquer le début d’une période de normalisation si les tendances actuelles se maintiennent.

À suivre

Nous constatons que cette vague bleue historique limite le programme national et les nominations du président Trump, tout en laissant la politique étrangère pratiquement inchangée sous le contrôle du pouvoir exécutif. Dans notre scénario de base, nous prévoyons que la croissance américaine redescendra aux niveaux tendanciels l’année prochaine, après une croissance vigoureuse en 2026. Cette situation s’inscrit dans un contexte macroéconomique plus difficile, marqué par un nouveau cycle de hausses des taux de la Fed, un resserrement des conditions financières et la multiplication des chocs géopolitiques et inflationnistes.

Nous constatons également des risques liés à la dépendance croissante de l’économie à l’égard des dépenses en immobilisations et au développement de l’IA, qui ne se focalise plus sur le volume des dépenses en immobilisations, mais plutôt sur les rendements que ces investissements peuvent finalement générer. Un resserrement de la réglementation relative aux centres de données pourrait ralentir l’augmentation des dépenses en immobilisations liées à l’IA et avoir d’importantes répercussions macroéconomiques sur le reste du monde.

 

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