L’intelligence artificielle et l’économie mondiale : un cadre de référence pour les investisseurs
Nous abordons la révolution de l’IA à travers un cadre intégré qui allie une analyse ascendante des entreprises et des secteurs à une analyse macroéconomique descendante. Le présent article traite du pilier « analyse descendante » de ce cadre, qui vise à évaluer l’incidence potentielle de l’IA sur des variables macroéconomiques telles que la croissance du PIB réel, l’inflation et les taux d’intérêt d’équilibre.
Chez Fidelity International, nous abordons la révolution de l’IA à travers un cadre intégré qui allie une analyse ascendante des entreprises et des secteurs à une analyse macroéconomique descendante. Ce travail d’analyse ascendante, qui s’appuie notamment sur les conclusions de notre sondage auprès des analystes de Fidelity, nous aide à comprendre comment chaque entreprise adopte l’IA et où se manifestent les gains de productivité.
Le présent document couvre le pilier « analyse descendante » de ce cadre, qui vise à évaluer l’incidence potentielle de l’IA sur des variables macroéconomiques telles que la croissance du PIB réel, l’inflation et les taux d’intérêt d’équilibre, en examinant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA, depuis l’énergie et les minéraux essentiels jusqu’aux semi-conducteurs, en passant par les données, les modèles et les applications concrètes.
L’incertitude étant exceptionnellement élevée, ce pilier de notre cadre s’appuie sur des scénarios plutôt que sur des prévisions figées. Nous évaluons à la fois les atouts et les maillons faibles qui déterminent si les pays sont en mesure de produire des modèles d’IA et s’ils peuvent en tirer parti à une échelle suffisamment large pour générer de la croissance économique. Cela inclut le financement, la sécurité énergétique, les compétences, la structure sectorielle, la capacité d’adaptation de la main-d’œuvre, la réglementation et les contraintes environnementales. Les forces géopolitiques, notamment les récents contrôles à l’exportation portant sur les modèles d’IA et les puces de pointe, ainsi que les inégalités, constituent les principaux facteurs sous-jacents qui façonnent à la fois la production et la diffusion de l’IA.
Principales conclusions (scénario de référence)
- Dans notre scénario de référence, l’IA devrait stimuler la croissance du PIB réel, mais de manière progressive plutôt qu’explosive, grâce à une productivité accrue, une innovation plus rapide et des investissements plus importants. Toutefois, les pays ne pourront pas exploiter pleinement son potentiel si des maillons faibles dans des domaines tels que l’énergie, le capital, les compétences, l’adoption ou la fragmentation géopolitique viennent ralentir sa diffusion.
En matière d’inflation, l’IA devrait d’abord avoir un effet inflationniste avant de devenir désinflationniste, ce qui se traduirait par un effet net globalement neutre dans notre scénario de référence : les investissements dans l’électricité, les centres de données et les puces électroniques peuvent créer des goulots d’étranglement et accroître la volatilité de l’inflation, tandis que les gains de productivité qui s’ensuivront devraient faire baisser les coûts. L’IA devrait également exercer une légère pression à la hausse sur le taux réel d’équilibre, R*, la productivité et la demande d’investissement agissant comme des facteurs haussiers, tandis que le vieillissement démographique, les inégalités et l’épargne de précaution agissent comme des facteurs compensateurs. - L’incidence macroéconomique de l’IA reste tributaire des scénarios : la croissance du PIB réel, l’inflation et R* pourraient diverger sensiblement entre nos scénarios de faible IA et de forte IA. Nous suivrons donc de près les données ascendantes au niveau des entreprises et des secteurs, parallèlement aux données macroéconomiques descendantes, afin de déterminer si les probabilités évoluent entre les scénarios à forte, moyenne et faible présence de l’IA.
- Chaque grande économie possède des atouts qui lui sont propres et un potentiel inexploité; et bien que les États-Unis et la Chine soient aujourd’hui en tête, aucun pays n’est autonome. Les États-Unis disposent de modèles, de capitaux et de l’infonuagique; la Chine, d’une envergure et d’une profondeur industrielle; l’Europe, d’épargne et d’un savoir-faire scientifique; quant aux pays asiatiques, ils maîtrisent la robotique, les minéraux, la mémoire et la fabrication.
- L’IA a des implications constructives pour les investisseurs. Nous avons déjà intégré les implications d’une croissance plus forte du PIB dans nos dernières hypothèses sur les marchés de capitaux sous la forme d’une hausse des chiffres d’affaires globaux des entreprises, tandis que les dynamiques liées à l’IA et d’autres forces structurelles devraient maintenir les taux au-dessus des niveaux extrêmement bas observés après la crise financière mondiale et avant la pandémie de COVID-19. D’un point de vue ascendant, la dispersion sera importante : le déploiement global n’en est encore qu’à ses débuts et certaines valorisations intègrent déjà des attentes élevées, mais la chaîne de valeur de l’IA s’étend au-delà des chefs de file technologiques les plus en vue. Les investisseurs devraient éviter de considérer l’IA comme un simple sujet lié aux actions américaines, aux puces électroniques ou au secteur technologique, et privilégier plutôt une diversification sélective, une discipline en matière de valorisation et une analyse prospective des entreprises capables de transformer l’IA en avantage concurrentiel et en croissance durable des bénéfices.
Nous continuerons à actualiser nos hypothèses à mesure que de nouvelles données seront disponibles. Nous approfondirons également notre analyse dans un prochain document, en nous concentrant sur la manière dont l’IA pourrait influencer les rendements des marchés de capitaux par le biais des taux réels et des bénéfices des entreprises, principalement en raison de son incidence sur les coûts de main-d’œuvre, les charges d’intérêts et l’impôt sur les sociétés.